Tripalium
Trois pieux fichés dans le sol. Le tripalium. Un instrument, une technique pour briser les os...
Aujourd'hui, on y accroche des guirlandes. Étrange fête, vestige fragile d'un combat pour la dignité.
Le 1er mai, on célèbre la torture.
Regardez ce badge d'accès, là, posé sur l'entrée. Un rectangle de plastique blanc, avec sa puce invisible. C’est la ligature de nos poings. C'est la « chance » d’appartenir au rouage. On le scanne. On tend le poignet aux fers.
Le bip sec, électronique, ouvre la porte de la guerre économique. Corps-à-corps avec le vide, chaque jour plus serré. Les conditions s'effritent encore et encore.
L'humain devient une variable, un signal sur une courbe excel qui finit par se décaler de la pression du chiffre.
Le 1er mai...
Un pied de nez.
On garde ce jour comme on ramasse un débris sur une plage après la tempête. Une relique de la lutte sociale, un jour de relâche où le silence remplace le bruit des machines et des claviers.
On s’assoit, dans cette pause forcée, se cachant de l'utilité marchande.
Peut-être qu'un jour, on fêtera autre chose. Une humanité retrouvée, sans puce ni badge. Une vie digne, sans torture. Mais l'horizon est encore gris. Des mails attendent déjà derrière le calendrier.
Demain, le tripalium recommencera à faire mal. En attendant, on se tait. On laisse l'image de ce jour chômé flotter encore un peu, avant qu'elle ne s'évapore tout à fait dans le retour au bruit.
---
Crédit photo Wikipedia ( adaptée en nuances de gris )

Commentaires
Enregistrer un commentaire
Votre avis m'intéresse... à vous la parole... ;-)